À retenir : l’inflation d’octobre est tirée surtout par l’énergie, le Livret A ne bougera pas avant le 1er février 2027, et la hausse annoncée par plusieurs médias spécialisés n’est encore qu’une projection. Pour une épargne de précaution, la priorité n’est pas de chercher un meilleur rendement, mais de vérifier qu’elle est au bon endroit et au bon montant.
Les chiffres officiels de la semaine
L’Insee estime que l’indice des prix à la consommation a progressé de 3,4 % sur un an en octobre, après 3,1 % en septembre. Sur un mois, les prix augmenteraient de 0,4 %. L’indice harmonisé, celui que l’on compare entre pays européens, atteindrait 3,8 %. Il s’agit d’une estimation provisoire : le chiffre définitif sera publié le 13 novembre.
Le détail compte plus que le chiffre global. L’énergie progresse de 24,1 % sur un an, sa quatrième accélération consécutive. Les services, qui pèsent plus de la moitié du panier, augmentent de 2,7 %. L’alimentation ralentit à 1,2 % et les produits manufacturés sont légèrement en baisse. Autrement dit, l’inflation actuelle ressemble davantage à un choc sur le carburant, le gaz et l’électricité qu’à une hausse généralisée de tous les prix.
| Indicateur | Niveau | Statut |
|---|---|---|
| Inflation sur un an (octobre) | 3,4 % | Estimation provisoire Insee, définitive le 13 novembre |
| Livret A et LDDS | 1,7 % | En vigueur du 1er août 2026 au 31 janvier 2027 |
| LEP | 2,5 % | En vigueur, sous conditions de revenus |
| Taux de dépôt de la BCE | 2,5 % | Maintenu le 29 octobre, après deux hausses en juin et septembre |
| Livret A au 1er février 2027 | Autour de 2,5 % | Projection de médias spécialisés, rien d’officiel |
La BCE en pause, mais pas en mode baisse
La BCE avait relevé ses trois taux directeurs de 0,25 point en juin, puis de nouveau en septembre, ce qui a porté le taux de dépôt à 2,5 %. Le 29 octobre, elle n’y a pas touché. Sa prochaine réunion est prévue le 17 décembre. Certains commentateurs évoquent une nouvelle hausse à cette date ; c’est une anticipation de marché, pas une annonce.
Pour un épargnant, cette pause a un effet indirect. La formule du Livret A combine deux moyennes sur six mois : l’inflation hors tabac et le taux interbancaire à court terme, l’€STR, qui suit les décisions de la BCE. Le résultat est arrondi au dixième, avec un plancher de 0,5 %. Les deux ingrédients ont monté depuis l’été, ce qui explique pourquoi une hausse en février paraît probable.
Février 2027 : ce que l’on sait, et ce que l’on ne sait pas
Selon les calculs publiés par MoneyVox le 30 octobre, le Livret A pourrait passer entre 2,5 % et 2,6 % au 1er février, et le LEP autour de 3 %. Ces estimations reposent sur des projections d’inflation et de taux pour novembre et décembre, qui peuvent encore évoluer. Surtout, la décision finale appartient au ministre de l’Économie, sur recommandation de la Banque de France, et le gouvernement peut déroger à la formule dans des circonstances exceptionnelles. Cela s’est déjà produit, dans les deux sens.
Conclusion pratique : il n’y a rien à anticiper. Les intérêts du Livret A sont calculés par quinzaine, donc l’argent déjà placé profitera automatiquement du nouveau taux le jour où il entrera en vigueur. Retirer son épargne maintenant pour la remettre plus tard n’apporte rien.
Les décisions qui ont vraiment un effet
Plutôt que de suivre chaque estimation, mieux vaut utiliser ce moment pour revoir trois points simples.
- Vérifiez le montant de votre réserve. Un repère courant est de trois à six mois de dépenses, davantage si vos revenus sont irréguliers, par exemple en freelance. Si la hausse des factures d’énergie a augmenté vos dépenses mensuelles, ce montant cible a peut-être bougé lui aussi.
- Regardez si vous avez droit au LEP. Il rapporte 2,5 %, soit 0,8 point de plus que le Livret A, sans impôt. Il est réservé aux foyers sous un plafond de revenu fiscal de référence : le simulateur de service-public.gouv.fr permet de vérifier en quelques minutes. Beaucoup de jeunes actifs en début de carrière y ont droit sans le savoir.
- Séparez ce qui dort de ce qui attend. L’argent au-delà de votre réserve, sans projet à moins de cinq ans, n’a pas vocation à rester sur un livret. C’est lui, et lui seul, qui peut aller vers un placement de long terme dont la valeur fluctue.
Deux échéances à ne pas confondre
Si vous détenez aussi des produits fiscalisés, comme un compte à terme ou un livret bancaire classique, une échéance tombe ce mois-ci. Les foyers dont le revenu fiscal de référence 2025 est inférieur à 25 000 € pour une personne seule, ou 50 000 € pour un couple, peuvent demander à être dispensés de l’acompte d’impôt de 12,8 % prélevé sur les intérêts de 2027. Il faut remettre une attestation sur l’honneur à sa banque avant le 30 novembre. Cette règle ne concerne ni le Livret A, ni le LDDS, ni le LEP, qui sont déjà exonérés.
Autre calendrier : le taux des plans d’épargne logement ouverts en 2027 sera calculé par la Banque de France au plus tard début décembre, à partir des taux de marché de novembre. Les PEL ouverts en 2026 rapportent 2 % brut et conservent ce taux. Si vous envisagez un PEL pour un futur achat immobilier, attendez cette annonce avant de choisir le moment de l’ouverture, sans en faire une course.
Ce que vous pouvez ignorer
Les titres qui annoncent que « votre épargne fond » mélangent souvent deux choses. Une inflation forte sur un mois, portée par l’énergie, ne dit pas grand-chose de ce que sera votre pouvoir d’achat sur cinq ou dix ans. Les estimations de MoneyVox situent d’ailleurs l’inflation moyenne de 2026 autour de 2 %, bien en dessous du pic d’octobre. Ce n’est pas une raison de rester passif, mais ce n’en est pas une non plus pour déplacer en urgence une réserve de sécurité vers un placement risqué ou un produit « anti-inflation » présenté comme miracle.
Ma lecture
J’ai tendance à regarder l’épargne de précaution comme une assurance plutôt qu’un placement. Quand l’inflation monte, la tentation est de vouloir la « faire travailler ». C’est précisément le moment où sa liquidité a le plus de valeur, parce que les dépenses imprévues augmentent avec les prix. Le bon réflexe me semble donc être de recalculer le montant nécessaire, de vérifier l’accès au LEP, puis de laisser le Livret A suivre sa formule. Je mettrai cet article à jour quand le taux du 1er février sera officiellement annoncé, normalement à la mi-janvier.
Cet article informe et ne constitue pas un conseil personnalisé : pour une situation particulière, un conseiller en gestion de patrimoine indépendant reste le bon interlocuteur.
